RECO_IEM_20090810_126_web

Mirador - tournage du film documentaire

Novembre 2010, tournage par Michel Favre du film documentaire « Mirador » avec Carmen Perrin et les habitants de l’île du Soleil, Bolivie.

Vidéo HD, 80 minutes, réalisation: Michel Favre, image: Michel Favre, Montage: Orsola Valenti, Production: Akka Films/Joëlle Bertossa et Joëlle Rübli, assistant caméra et de réalisation: Elmer Mamani. Sons additionnels: Ramiro Valdez. Sortie prévue: janvier 2012.

« Le film se déroule en Bolivie, sur l’île du Soleil, au milieu du Lac Titicaca.
C’est là qu’entre 1952 et 1959 le cinéaste Alberto Perrin a filmé durant plusieurs saisons la vie et les coutumes de villageois descendants des premiers Incas.
Alberto Perrin est le fils d’un émigré suisse qui avait épousé la fille d’un général Président. Par cette filiation, il est l’héritier d’une grande propriété sur l’île du Soleil.
Sa position est délicate : Don Alberto prend la parole et défend les droits des indiens. Il refuse d’appliquer l’autorité que la société et la famille lui confèrent. On le traite de communiste quand il prédit la chute du régime blanc et autoritaire.
Quand éclate la révolution de 1952, c’est la première fois que les populations indigènes obtiennent des droits civiques. En cette millieu de XXe siècle, la société sort enfin du féodalisme qui la caractérise. Avec sa caméra, Alberto Perrin est au premières loges : il réalise un film-manifeste en faveur de la réforme agraire, des droits civiques et de la richesse de la culture indigène. Son film s’appelle « Altiplano », du nom de ce haut plateau andin où survivent des milliers de personnes dans un climat rude et venteux, dans un dénuement le plus total, le plus souvent exploités par les société minière internationale qui ont pris le relais des premiers conquistadores.
Des terres familiales, Alberto ne conserve qu’une simple maison sur l’île, dont un petit belvédère que l’on nomme « El Mirador ». C’est depuis ce point de vue, à la fois proche et lointain, qu’il filmera l’essentiel de son œuvre, avant de s’exiler en 1960 vers la Suisse, la terre de ses origines. Ses idées politiques et son engagement au sein d’une petite formation de centre gauche ne s’accordant pas avec le régime totalitaire que devient le parti révolutionnaire du MNR.
Il décède à Genève en 1988 et c’est sur le Lac Titicaca que ses filles vont naturellement disperser ses cendres, là où il s’est senti tellement humain.
C’est là que le film se passe, aujourd’hui. On y retrouve les films d’Alberto, portés par sa fille cadette, Carmen Perrin. Elle ramène ces images aux villageois pour, elle aussi, comprendre cette société et cette culture à laquelle elle se sent tellement liée et pourtant lointaine.
Aujourd’hui la Bolivie vit une seconde révolution, celle menée par le premier président indien : Evo Morales. C’est un homme d’image, il sait le pouvoir de celles-ci sur son destin et il n’hésite pas à évoquer le glorieux passé des Incas pour rendre son sacre encore plus symbolique.
Car c’est de l’image dont il s’agit dans ce film. En effet, les films que la fille d’Alberto ramène sur l’ile suscitent toutes sortes de convoitises de la part des habitants. Il y a ceux qui veulent copier les costumes pour faire plaisir aux touristes. Il y a ceux qui veulent reproduire les rituels qu’ils ont perdus et qu’Alberto avait filmé maintes fois. Il y a ceux qui veulent reconstruire leurs villages comme sur ces images délavées.
Il y a les images que ces touristes viennent chercher dans cette région du monde, où ici comme ailleurs leur voracité visuelle modifie les comportements pour les satisfaire. »

Vidéo des repérages, île du Soleil, novembre 2008

Film d’Alberto Perrin, 1953 « Altiplano » (extrait)